
Le Cavayé de l’Apocalypse
4 décembre 2010___Je sais, vous êtes déjà tous allé le voir dès mercredi parce que vous l’attention comme des fous. Comment ça ? Vous êtes allé voir l’excellent “Scott Pilgrim” ? Naaan, je ne vous crois pas, ne me prenez pas pour une bille : je sais pertinemment que vous l’avez déjà tous vu par des voies détournées il y a plusieurs semaines. D’autant plus qu’avec le nombre riquiqui de soixante salles (PUTAIN SOIXANTE !) qui accueillent le film, il n’est pas des plus simple de voir le film d’Edgar Wright.
___Alors fêtons ensemble un événement dans le petit monde du cinéma du terroir (ou du pays, au choix) : le Cavayé nouveau est arrivé et il était temps. A l’heure ou nous, pauvre cinéphile incompris que nous sommes, passons notre temps à dire que c’est à nous qu’il faut donner de l’argent pour nos projets et non pas à des têtards qui tentent vainement de réaliser des films (souvent) d’horreur trop ambitieux pour leur moyens et surtout pour leurs capacités, voilà qu’un homme, en seulement deux films, a rétabli l’équilibre.
___Fred Cavayé, c’est donc son nom, avait déjà avec très le réussi Pour Elle su nous montrer que la renaissance du cinéma populaire en France n’était pas qu’une question de moyens, mais aussi et surtout une histoire de travail et de dévotion à son projet.
___Deux ans plus tard, le sympathique breton nous offre son second long, doté d’un pitch étrangement similaire au premier, mais en lorgnant cette fois-ci plus du côté de l’action à proprement parler que du thriller pur et dur. En résulte une heure et demi de suspense balancé à un rythme comme on en avait pas vu depuis fort longtemps dans l’hexagone (Oui, j’ai la mémoire courte quand j’ai envie). Si on regrette parfois certains cadre un peu serré et des plans qu’on aurait voulu plus construit, principales (et unique ?) faiblesses de Pour Elle, on ne peut s’empêcher de s’enthousiasmer devant A Bout Portant tant le traitement est au diapason d’un sujet pourtant vu à moultes reprises. Tout, absolument tout, de la musique de Klaus Badelt à la magnifique photo d’Alain Duplantier, en passant par des interprètes se donnant au maximum pour leur projet (Mais c’est qu’il peut faire peur Gérard Lanvin quand il veut !), permet au film de rivaliser sans mal avec le cinéma US cher au cœur du metteur en scène.
___Les cinq dernières minutes du film sont hélas clairement superflues et nous nous serions peut-être plus attaché à ces personnages si une fin un peu plus extrême nous avait été proposé (ceux ayant vu le film me comprendrons sans mal, parce que chez ce bon vieux Fred il y a toujours une justice qui peut agacer les plus terre-à-terre). Pourtant le film reste une friandise qui ne se refuse pas, n’ayant à aucun moment les yeux plus gros que le ventre et sachant parfaitement se démarquer des productions locales. Au fond, un film de Fred Cavayé, c’est un peu comme du bon saucisson : C’est pas grave si il y a du gras, tu le manges quand même avec délectation et gourmandise.
___En sortant, on se plait à constater en premier lieu qu’on a passé un excellent moment, on se rejoue le film dans sa tête (Je ne me suis toujours pas remis de la puissance qu’est l’apocalyptique acte final dans le commissariat) au son du “Back in Town” d’Izia accompagnant le générique de fin, pour finalement retourner chez soi, enfiler ses pantoufles, se faire à bouffer et se rendre compte que, ben ouais, c’est un film français qu’on vient de voir. Et qu’un métrage hexagonal réussisse ce pari (assez insensé ces temps-ci, avouons-le), est une initiative qu’il faut soutenir sans réserve.
___Fred Cavayé a déclaré que ce n’est pas parce qu’il fait du cinéma populaire et qu’il le revendique qu’il n’a pas de cerveau.1 Grand bien lui en a pris : son film en est l’illustration parfaite, dont les quelques défauts que les fines bouches dont je fais parti (j’en ai honte) pourront y trouver, ne sont que la preuve qu’on a rien à raconter d’autre sur un film francophone aussi abouti, assez malin pour utiliser les connaissances cinématographiques de tous les spectateurs pour ne pas s’encombrer d’explications à la fois convenues et futiles (scènes d’exposition très condensées, voire occultées). J’en suis convaincu, si le cinéma populaire renaît de ses cendres un jour en France, Cavayé n’y sera très certainement pas pour rien.
___Mesdames, messieurs, la place du réalisateur d’action #1 en France n’est plus vacante, grand bien en fasse au cinéma français. Dommage pour les wannabe réalisateurs. (Damned !) Mais, quoi qu’il en soit, cinéphiles ou non, courez-y en salles : Cavayé (et peut-être même le cinéma français) a besoin de nous tout autant que nous avons assurément besoin de lui.
(1) Frisson Break – Vendredi 3 Décembre 2010


